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Dever (16/04/2009, 22h38)
[..]

Crésus, c'est le pseudonyme que s'est choisi celui qui signe ces «
Confessions d'un banquier pourri ». Notre directeur de banque va goûter à
l'Elysée, avec François Pérol, Alain Minc et compagnie (« Ce n'était pas la
fête à Neuneu ni la fête des Loges mais bien celle des abrutis de
l'inspection des finances »), dîne à Bercy pour préparer un Xavier Musca,
alors patron du Trésor qui ne s'en laisse pas compter, aux résultats
catastrophiques de sa banque .

En quelques paragraphes, il assassine Patrick Artus, le directeur des études
de la banque Natixis, « expert aussi péremptoire que volubile »,
suffisamment visionnaire pour s'émerveiller des performances du patron de
Lehman Brothers quelques jours avant la chute de la banque américaine.

La chute de Lehman Brothers ? Une call-girl explique à notre banquier pourri
qu'un client saoudien a été averti qu'Henry Paulson allait lâcher la banque
américaine. Autrement dit, le secrétaire au Trésor d'alors s'est rendu
coupable de délit d'initié.

Dans ce tous-pourris, notre banquier détaille les ruses des Suisses pour
faire taire la commission européenne sur le secret bancaire, la façon dont
Paulson fait pression sur la Suisse pour obtenir les comptes de six
dirigeants de Lehman.

Côté communication financière, il explique comment les comptes dits « en
attente d'affectation » peuvent être ponctionnés pour lisser les résultats
et nous plonge dans le « maquis du hors-bilan » pour planquer les mauvais
résultats.

Qui est donc ce Crésus si bien informé ?

« Vous ne me connaissez pas. J'ai grandi dans l'ombre, au coeur du sérail de
l'argent », explique t-il :

« Je suis un parasite de la haute finance, l'un des membres du directoire
d'une des plus grandes banques de France. A peine surpayé, j'ai ramassé
quelques dizaines de millions d'euros en une quinzaine d'années. Une paille,
comparée aux salaires et aux primes des traders que je dirige. Ou plutôt que
je dirigeais. Voilà cinq mois, j'ai été écarté des affaires par un président
soudain très à cheval sur les règles et le contrôle des risques. Il paraît
que j'ai été négligent. Laxiste, même. Que j'ai planté La Banque. »

La lecture des « Confessions » nous donne quelques indices supplémentaires :

Crésus a des connections américaines. Il a « navigué entre Paris et New
York », semble roué aux négociations aux Etats-Unis, raconte en détails les
man½uvres de sauvetage de Lehman. Crésus a t-il passé un MBA aux Etats-Unis
? Est-il passé par une banque d'affaires américaine ? A t-il représenté une
banque française à New York
Crésus semble vouloir se payer Michel Pebereau et BNP Paribas.
Sa banque a l'air très active dans les paradis fiscaux

Quelques noms circulent :

Philippe Citerne, ex numéro 2 de la Société Générale, comme Crésus qui dit
être devenu numéro deux de sa banque. Les réunions de « La Banque » évoquent
celle de la Société Générale, deux traders imprudents se font remercier, le
PDG chauve peut évoquer Daniel Bouton.

Vivien Lévy-Garboua, ex-membre du comité exécutif de BNP Paribas. Il
est passé par Harvard. Il est auteur d'ouvrages économiques un peu plus
austères que les confessions du banquier pourri : « les 100 mots de la
crise » et « Macropyschanalyse, l'économie de l'inconscient ».

André Lévy-Lang. Ex-patron de Paribas, mais la fusion avec la BNP ayant eu
lieu en 1999, il ne pourrait pas être aussi bavard sur les derniers mois de
la crise.

Marc Litzler, ancien dirigeant de Calyon France (groupe Crédit Agricole),
avant de démissionner en mai suite à des pertes plus importantes que prévu.
Il est jeune, iconoclaste (patron d'un restau et d'une galerie d'art) et a
été responsable de la banque d'investissement de la Société générale.

Jean-Pierre Mustier, ex-patron de la Banque d'investissement et de
financement de la Société Générale. Il est jeune (48 ans), a passé deux ans
aux Etats-Unis.. Mais exposé dans l'affaire Kerviel, on s'imagine qu'il en
aurait fait le c½ur de son livre plutôt que de s'attarder sur Lehman. Par
ailleurs, il apparaît à la troisième personne dans le livre (à un dîner chez
un vice-président d'HSBC : « Il n'y a pas plus d'exception française que
d'excédent budgétaire. on est en train de foncer dans le mur en
klaxonnant »).

Anthony Orsatelli, ancien dirigeant de Natixis, seule banque française à
directoire, rappelle la Tribune. Débarqué en 2008, c'est lui qui s'occupait
du dossier de CIFG, qui a plombé les comptes des Banques Populaires. « Je ne
crois pas que votre piste soit la bonne », répond Crésus à cette hypothèse
dans Marianne.

Quelqu'un qui ne soit pas banquier

Après tout, on imagine mal un respectable directeur de banque écrire « au
fait, vous voulez savoir si je compte rendre l'argent que je vous ai volé
pendant toutes ces années ? Eh bien, je préfère vous le dire tout de suite :
la réponse est non ! »

Ou encore parlant de son métier en disant « jamais une opération de
banditisme collectif n'avait été menée avec un tel sang-froid » ou encore
décrire sa « philosophie personnelle » d'un « servir certes, mais sans
oublier de me servir ». . Il faut aussi un peu d'imagination pour visualiser
un inspecteur de finances parler d'« une des épouses liposucées » d'un
banquier ou de Mandy, call-girl, « virtuose des relations horizontales ».

Crésus a l'écriture vive, termine ses chapitres de petits teasers comme :
« J'avais un peu d'avance. Qu'est-ce que j'allais en faire ? » Pas
exactement la plume d'un banquier dans l'imaginaire collectif.

Et un directeur de banque prendrait-il ce genre de risque ? Pourquoi
dirait-il la vérité dans sa présentation surtout pour avouer en fin de livre
avoir détourné 317 millions d'euros ? Membre d'un directoire de banque,
écarté il y a cinq mois, la liste est courte. Pourquoi se laisserait-il
désigner aussi facilement après avoir choisi un pseudonyme ?

Et vous ? Si vous avez lu ces « Confessions d'un banquier pourri », qui
imaginez-vous derrière le pseudonyme de Crésus ?
Zetrader Trader Chocolat (16/04/2009, 22h41)
Dever wrote:
> [..]
> Et vous ? Si vous avez lu ces « Confessions d'un banquier pourri »,
> qui imaginez-vous derrière le pseudonyme de Crésus ?


Tu crois qu'on va acheter son bouquin ?
Test (17/04/2009, 17h05)
"Zetrader Trader Chocolat" <http://www.zetrader.fr> a écrit:

> Tu crois qu'on va acheter son bouquin ?


Faites ce que vous voulez : [..]

[..]
-moi-tu-meurs/916/0/335477

Édition - Plus pourri que moi, tu meurs...

Quelle est votre crapule préférée ? Steve Jones, jeune trader mégalo et
cocaïnomane qui raconte dans « Cityboy » (1) ses années passées dans l'
univers sans scrupules de la City londonienne ? Ou Crésus, numéro deux d'un
grand établissement français, dont les « Confessions d'un banquier pourri »
(2) ont de quoi vous dégoûter à jamais de passer la porte d'une agence
bancaire. Pour ce qui est de la crédibilité du récit, l'avantage revient
clairement à l'Anglais Geraint Anderson. Toute personne ayant passé la porte
d'une salle des marchés a un jour croisé le « gourou », mentor cynique et
accro aux strip-teaseuses, le « trader », prêt à tout pour quelques
millions, ou encore le « client », un séduisant gestionnaire de hedge funds
qui « utilise le mot racaille pour décrire 99% de la population ». D'
ailleurs, l'auteur avance à visage découvert : c'est Steve Jones, cet ancien
hippie issu d'une famille de gauche qui perd son âme en entrant à la Banque
inutile, et finit par ouvrir les yeux sur la vacuité de son existence à la
suite d'un accident de scooter. Enlevé mais un soupçon caricatural, «
Cityboy » est à recommander aux lecteurs que le métier de trader fait
(encore) rêver et à ceux qui ont envie de croire que les banquiers se
repentent pour leurs agissements passés. Pour les autres, ceux qui veulent
perdre leurs dernières illusions, il y a l'effarant témoignage de Crésus.
Protégé par l'anonymat, cet ancien dirigeant raconte tout. Le chantage des
banquiers suisses aux fonctionnaires de l'OCDE un peu trop zélés dans la
lutte contre les paradis fiscaux. Les prêts à taux zéro réservés aux
meilleurs clients de la banque (les fameux POTT, « Prends l'oseille et
tire-toi »)... Le délit d'initié supposé de Hank Paulson envers un prince
saoudien concernant Lehman. Les réunions d'« habillage des comptes » de La
Banque et les séances de déshabillage de Mandy, call-girl de haut vol dont
raffolent les financiers. Sous la plume acérée (mais jamais racoleuse) de ce
corbeau de la haute finance, l'invraisemblable devient crédible et l'on se
prend à croire que l'auteur a vraiment détourné les millions qui ont fait de
lui le Crésus du récit.
1. « Cityboy, confessions explosives d'un trader repenti », de Geraint
Anderson (Balland, 412 pages, 22,90 euros). 2. « Confessions d'un banquier
pourri », de Crésus (Fayard, 234 pages, 17,90 euros).
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