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proudhon (30/11/2006, 03h52)
La Grande Relève reproduit ici plusieurs extraits du livre qu'André
Gorz a publier en 1997 et invitent tous les lecteurs à le lire : ils
se régaleront !

LE VERITABLE TRAVAIL N' EST PLUS DANS LE "TRAVAIL" .

Ce que Jeremy Rifkin appelle "la fin du travail" annonce la fin de ce
que tout le monde a pris l'habitude d'appeler "travail" .

Il ne s'agit pas du travail au sens anthropologique ou au sens
philosophique.

Il ne s'agit pas du travail de la parturiente , ni de celui du sculteur
ou du poète.

Il ne s'agit pas du travail comme "activité autonome de transformation
de la matière" , ni du travail comme "activité pratico-sensorielle"
par laquelle le sujet s'extériorise en produisant un objet qui est son
oeuvre .

Il s'agit sans équivoque du "travail" spécifique propre au
capitalisme industriel : du travail dont il est question lorsqu'on dit
qu'une femme "n'a pas de travail" lorsqu'elle consacre son temps à
élever ses propres enfants et qu'elle "a un travail" lorsqu'elle
consacre ne serait-ce qu'une fraction de son temps à élever ceux
d'autrui dans une crèche ou une école maternelle [...]

Les millions d'employés ou de techniciens "travaillant" sur écran de
visualisation ne "réalisent" rien de tangible.

Leur activité pratico-sensorielle est réduite à une pauvreté
extrème , leur corps , leur sensibilité mis entre parenthèses .

Leur "travail" n'est en rien une "mise en forme appropriative du monde
objectif".[...]

Pour les "travailleurs" de l'immatériel comme pour une majorité de
fournisseurs de services , les "produits" de leur travail sont
évanescents , consommés dans le temps même où ils sont accomplis .

Il est rare où ces "travailleurs" puissent dire : "voici ce que j'ai
fait . Voici mon ouvrage . Ceci est mon oeuvre ."

A vouloir nier "la fin du travail" au nom de sa nécessité et de sa
permanence au sens anthropologique ou philosophique , on démontre le
contraire de ce qu'on voulait prouver : c'est précisément au sens de
réalisation de soi , au sens de "poièsis" , de création d'une oeuvre
ou d'un ouvrage que le travail disparaît le plus rapidement dans les
réalités virtualisées de l'économie de l'immatériel .

Si on désire sauver et perpétuer ce "véritable travail" , il est
urgent de reconnaître que le véritable travail n'est plus dans le
"travail" : le travail , au sens de poièsis , qu'on fait , n'est plus
(ou n'est que de plus en plus rarement) dans le "travail" , au sens
social qu'on a .

Ce n'est pas en invoquant son caractère anthropologiquement
nécessaire qu'on démontrera la pérennité nécessaire de la
"société de travail" .

Au contraire : il nous faut sortir du "travail" et de la "société de
travail" pour retrouver le goût et la possibilité du travail
"véritable" .[...]

Le "travail" que le capitalisme en sa phase ultime abolit massivement
est une construction sociale , et c'est pour cela précisément qu'il
peut être aboli.

Pourquoi dit-on qu'une femme a un "travail" quand elle enseigne dans
une maternelle et qu'elle n'en a pas quand elle élève ses propres
enfants ?

Parce que la première est payée pour ce qu'elle fait et non la
seconde ?

Mais la mère au foyer n'aurait toujours pas un "travail" quand même
elle toucherait une allocation sociale égale au salaire d'une
puéricultrice .

Elle n'aura toujours pas un "travail" quand même elle aurait aussi un
diplôme d'éducatrice .

Et pourquoi cela ?

Parce que le "travail" est défini au départ comme une activité
sociale , destinée à s'inscrire dans le flux des échanges sociaux à
l'échelle de la société entière .

Sa rébumération atteste cette insertion mais n'est pas non plus
essentielle : l'essentielle est que le "travail" remplit une fonction
socialement identifiée et normalisée dans la production et la
reproduction du tout social .

Et pour remplir une fonction identifiable , il doit lui-même être
identifiable par les compétences socialement définies qu'il met en
oeuvre selon des procédures déterminées . (suite post suivant)
proudhon (30/11/2006, 04h08)
..../.."Le travail" doit , en d'autres termes , être un "métier" , une
"profession" c'est-à-dire la mise en oeuvre de compétences
INSTITUTIONNELLEMENT certifiées selon des procédures homologuées .

Aucune de ces conditions n'est remplie par la mère de foyer...

Bref , il ne se situe pas dans la sphère publique , il ne répond pas
à des besoins socialement codifiés .

Pas plus que le travail de l'esclave ou du serviteur personnel au
service des désirs personnels de son maître .

Pas plus que le travail de création , artistique ou théorique .

Le créateur , théoricien ou artiste ne "travaille" (n'a un travail)
que lorsqu'il donne des cours ou des leçons répondant à une demande
publiquement et socialement déterminée ; ou lorsqu'il exécute une
commande . (suite post suivant .)
proudhon a écrit :
[..]
proudhon (30/11/2006, 04h45)
..../..Il en va de même de toutes les activités artistiques ,
sportives , philosophiques , etc., dont le but est la création de sens
, la création de soi (de subjectivité), la création de
connaissance[...] par l'homologation des compétences , des procédures
et des besoins qu'il implique , le "travail" est un puissant moyen de
socialisation , de normalisation , de standardisation , réprimant ou
limitant l'invention , la création , l'autodétermination
individuelles ou collectives de normes , de besoins et de compétences
nouveaux.

C'est pourquoi la reconnaissance sociale de nouvelles activités et
compétences répondant à de nouveaux besoins a toujours dû être
imposées par des luttes sociales...

Il s'agit de déconnecter du "travail" le droit d'avoir des droits et
notamment le droit à ce qui est produit et productible sans travail ,
ou avec de moins en moins de travail , il s'agit de prendre acte de ce
que ni le droit à un revenu , ni la citoyenneté plènière , ni
l'épanouissement et l'identitée de chacun(e) ne peuvent plus être
centrés sur et dépendre de l'occupation d'un emploi .

Et de changer la société en conséquence . ANDRE GORZ .

La mentalité , le comportement des gens , face au travail , se
trouvent terriblement affectés.Dans le post qui suivra , deux exemples
.. Le premier , que cite André Gorz , montre comment , dans le travail
salarié (celui qui heureusement disparaît) , les liens affectifs les
plus spontanés entre personnes se trouvent transformés , utilisés ,
("marchandisés"...) parce qu'il s'agit d'abord de satisfaire un
employeur et de savoir se vendre.

Le second est celui d'Erika , obsédée par cette envie de se vendre .

Vous pouvez consulter la grande relève sous ce lien :
[..]
Cette revue est traduite en plusieurs langues dont le Catalan , l'Arabe
, le Portuguais , L'Espagnol , l'Allemand , l'Anglais et d'autres et
bien sûr le Français et l'Italien .
proudhon a écrit :
[..]
proudhon (30/11/2006, 05h02)
APPRENDRE A SE VENDRE ...

Qans une société d'employé(e)s , dominée par la mentalité
mercantile , il est inévitable que naisse un marché de la
personnalité . Car lorsque l'art de vendre , de manipuler , de servir
les autres prend le pas sur les aptitudes manuelles , il advient que
les traits personnels , voire intimes de l'employé(e) sont englobés
dans la sphère des échanges , acquièrent une importance commerciale
, deviennent des marchandises sur le marché du travail...

(suite post suivant)
proudhon a écrit :
[..]
proudhon (30/11/2006, 05h35)
..../..La bonne humeur et l'amabilité deviennent partie intégrante du
service pour lequel l'employé(e) est rétribué(e) (il s'agit d'une
mise au travail total), elles sont rationalisées en vue de promouvoir
les ventes d'un article quelconque...(le caractère de la personne
n'est pas le sien mais celui qui , rationalisé par l'entreprise , lui
est demandé "d'être"!)

Dans un grand magasin , un enquêteur remarquait au sujet d'une
vendeuse : "Je l'observe maintenant depuis trois jours . Elle arbore un
sourire figé sur son visage maquillé et son expression ne change
jamais , quelle que soit la personne à qui elle parle . Jamais je ne
l'ai entendue rire spontanément...

J'ai essayé mais j'ai été incapable de garder un sourire de ce genre
sur mon visage".

....A mesure que la demande croît , les grandes écoles organisent des
cours destinés à fournir aux entreprises ces "employé(e)s aux
manières plaisantes" (la même chose pour les polticiens ) qu'elles
demandent ...

Les cours enseignent "la courtoisie , les égards et l'amabilité , le
contrôle de la voix et l'élocution" etc.

Les rapports d'argent qui dominent les relations entre individus se
sont infiltrés dans tous les domaines de la vie ...

Les hommes deviennent des étrangers les uns envers les autres par le
fait que chacun tente de transformer l'autre en son instrument et
finalement le cercle se referme ; on fait de soi-même un instrument et
devient un étranger pour soi-même également .
C.Wright Mills (white Collar , New York ,OUP ,1951) -depuis les
méthodes se sont sophistiquées et tous les partis politiques usent
des mêmes méthodes qu'ils apprennent dans les mêmes grandes écoles
!...(Le Pen ne fait pas exception , lui aussi a appris à "devenir
plaisant et à mentir..."
proudhon a écrit :
[..]
proudhon (30/11/2006, 05h52)
Demain : ERIKA SE PERD ...où l'obsession d'envie de se vendre ...

en attendant :[..]
Pour vous faire plaisir et nous affranchir .
Pour entendre autre chose que l'idéologie fasciste ambiante et sa
propagande à la tété et sur les ondes radios diffusées 24 heures
sur 24 64000 fois comme dans "Le meilleur des mondes" cette radio
indépendante:
[..]
Un syndicat qui ne trahit pas et qui défend !
[..]
Si vous aimez les occupations saines et voulez être vous-même :
[..]
Vous verrrez : que des camarades vitamines !
proudhon a écrit :
[..]
proudhon (30/11/2006, 17h16)
Erika se perd,

Une fille aux cheveux longs , regard noir, direct , joue avec ses
bagues. Une fille d'aujourd'hui , 20 ans à peine , en jean et baskets
, le sourire mordant et , à cet instant , en pleine révolte : "Je
veux un vrai boulot , ça tourne à l'obsession.

Envie de travailler comme un robot . Envie de pouvoir me dire : "Demain
je me lève à 7 heures et je finis à 18 heures , et c'est parti comme
çà pour des mois , des années ! C'est fou , non ? Je veux être
admise dans le carcan , plier sous le joug".

Erika frappe le banc et se lève toute droite , les joues empourprées
, rebelle en 1997 qui rêve d'esclavage , 8 h. 12 h- 14h. 18 h. ,
s'engloutir dans l'horaire bien cadencé qui bouffe la vie sans laisser
une minute à l'autre vie .

Voilà l'espoir d'Erika . Plus le travail lui manque , s'éloigne
d'elle , plus elle veut sentir le poids de ce qu'elle croit être sa
substance ; la souffrance .

Ainsi , loin d'en faire disparaître le goût , le chômage fait
ressentir la valeur travail dans ce qu'elle a de plus amer.

Erika fume cigarette sur cigarette : "Pas de travail , c'est l'horreur
! Qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? A quoi suis-je utile ?"

On lui proposerait quelques heures travaillées , même SOUS-PAYEES ,
elle les prendrait:"-Tu travaille une heure , c'est toute une journée
qui prend du relief autour de "ce temps là"."

A l'inverse , son temps libre la glace comme un néant où elle se
perd.

(Reportage extrait du bimensuel "Contre-allées" de la Mutuelle
générale de l'équipement et des transports (envoi d'H. Muller).

Exemple de désoeuvrement et dépersonalisation dû au conditionnement
, à la télé , la publicité , la répétition des comportements
désirés par le système , du formatage reçu par l'école , au
chômage et à la stigmatisation , dû aussi au vide de vie au dehors ,
au néant des animations en dehors du secteur marchand ...Inductions
des comportements et mimitismes des ainés dans la société
capitaliste .

Dans un prochain sujet : Réactions , Récupérations d'André Prime.

Gardons en tête que ce capitalisme totalitaire et intolérant autant
que déshumanisant du XXIème siècle auquel sont rattachés pleinement
Sarkozy , Le Pen (le plus capitaliste) , Ségoly et d'autres veut faire
de nous - et fait de nous - des esclaves-zombies étrangers à
eux-mêmes et sans désirs ni envies . C'est une civilisation de robots
sans saveurs ni animations en dehors des hypers-temples de la
consommation forcée de mauvaise qualité et/ou inutile à notre
épanouissement humain , une société qui méprise la vie et le genre
humain et qui ne profite qu'à une infime minorité de privilégiés
charognard sans émotions et égoïstes très très riches par la sueur
et le sang des autres auxquels ils attachent moins de valeur qu'à une
poupée "Barbie" . Seul le porte-monnaie compte pour cette pourriture
qui nous ramène le nazisme tapi dans l'ombre du marché capitaliste
mondial - par la sphère "privé" qui a fait SON gouvernement mondial
et commande déjà nos destinées , nos vies !

Ne donnons plus d'esclaves à la charogne des exploiteurs !

N'enfantons plus tant que cette tyrannie est là , nous ne voulons pas
procréer des esclaves-objets-jouets du patronat et du pouvoir !

proudhon a écrit :
[..]
François Guillet (30/11/2006, 18h30)
"proudhon" <frederic.sodar> a écrit dans le message de news:
1164851536.543286.244920...
....
| Les millions d'employés ou de techniciens "travaillant" sur écran de
| visualisation ne "réalisent" rien de tangible.
....

Tu crois que ceux qui ont mis au point ton logiciel de news dont chacun voit ici le
résultat "tangible" n'utilisaient pas d'écran ?!
François Guillet (30/11/2006, 18h33)
Tu soliloques. Quel gâchis de disques durs, il va falloir en relancer la production
pour stocker la tienne. Quel travail !
proudhon (30/11/2006, 19h36)
Inutile ? crois-tu ? , mais tu me lis et beaucoup me lisent quand bien
même ils ne répondent pas , nous savons à quel point nos imaginaires
sont manipulés et ingérés par le capitalisme canibal qui fait des
gens des "loques humaines" soumises et sans rêves non-dictés par la
propagande de Big Brother appliquée par CE système déshumanisant et
morbide , criminel .
François Guillet a écrit :
François Guillet (30/11/2006, 19h55)
"proudhon" <frederic.sodar> a écrit dans le message de news:
1164908209.312065.20650...
| Inutile ? crois-tu ? , mais tu me lis et beaucoup me lisent quand bien
| même ils ne répondent pas , nous savons à quel point nos imaginaires
| sont manipulés et ingérés par le capitalisme canibal...

Je comprends donc que tu veux toi aussi manipuler l'auditoire.
La répétition est effectivement une méthode pour faire "rentrer le message".
Bien sûr ce n'est pas la meilleure, elle peut même avoir l'effet contraire : un post
de Proudhon, c'est un peu comme la pub à la télé, on zappe, ou on va faire pipi
sachant qu'on ne perd rien, c'est toujours pareil, la promotion de sa soupe.
fda (30/11/2006, 21h54)
proudhon wrote:

> Inutile ? crois-tu ? , mais tu me lis et beaucoup me lisent quand bien
> même ils ne répondent pas , nous savons à quel point nos imaginaires
> sont manipulés et ingérés par le capitalisme canibal qui fait des
> gens des "loques humaines" soumises et sans rêves non-dictés par la
> propagande de Big Brother appliquée par CE système déshumanisant et
> morbide , criminel .


Un seul discours, d'à peine plus d'une page, en disait nettement plus et
nettement plus fort que tout ce dont tu nous a gratifiés jusqu'à présent:

[..]

Il avait pour sa part des mots simples et vrais. Pas ceux d'une enflure
qui veut se faire aussi grosse que le boeuf.
fda (30/11/2006, 21h58)
proudhon wrote:

> Inutile ? crois-tu ? , mais tu me lis et beaucoup me lisent quand bien
> même ils ne répondent pas , nous savons à quel point nos imaginaires
> sont manipulés et ingérés par le capitalisme canibal qui fait des
> gens des "loques humaines" soumises et sans rêves non-dictés par la
> propagande de Big Brother appliquée par CE système déshumanisant et
> morbide , criminel .


Un seul discours, d'à peine plus d'une page, en disait nettement plus et
nettement plus fort que tout ce dont tu nous a gratifiés jusqu'à présent:

[..]

Il avait pour sa part des mots simples et vrais. Pas ceux d'une enflure
qui veut se faire aussi grosse que le boeuf.

Et cela étant, André Gorz = Michel Bosquet, tout comme Jack-Alain Léger
= Dashiell Hédayat. Il n'y a pas que sur fr.sci.philo qu'un même visage
peut avoir plusieurs casquettes ;-)
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